C’est reparti avec un nouvel agenda. Toujours le modèle de luxe CFDT Production :). Le précédent terminant en décembre, je ne reprends le fil sur celui-là qu’à partir de janvier, donc les premières pages continuent à me servir de carnet de croquis ou de notes occasionnel. Je les publie ici avant les habituelles 4 premières semaines. On trouve dans ces premières pages quelques dessins réalisés plus tard, à l’occasion de voyages en Irlande (avril) et en Syrie et Jordanie (été). Quelques tentatives de portraits plus ou moins réussies (les intéressé.e.s m’excuseront) et un dessin tout pourri (18-19 décembre) que j’aurais bien fait disparaître. Et sinon, le 5 janvier, ma chambre (collocation d’Arcueil) devient enfin un peu isolée du salon par la grâce d’une nouvelle cloison. Et le 27 janvier je note que le porte-avion Clémenceau part pour la Yougoslavie…


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Agendas # 2 - 1993-1993

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Attention, fait-divers. Vendredi 5 mars, je rentre en fin de matinée, je trouve le portail et la porte grande ouverte, et plus de magnétoscope. L’aiguiseur de couteau que j’avais croisé dans le salon mercredi 3 mars était repassé par notre maison toujours ouverte, et emporté le lecteur VHS ainsi que mon appareil photo (je ne m’en rends compte que vendredi 2 avril).

Le lendemain, samedi 6 mars, je me retrouve dans une soirée chez l’ami d’un ami, où nous croisons Marthe Lagache et le duo du groupe Niagara. A Paris depuis 3 ans, je reste fasciné par le fait qu’on pouvait croiser ici des gens qui passaient à la télévision. La chanteuse Muriel Moreno faisait la gueule, et je me souviens avoir trouvé plutôt gênant que dans la petite pièce devenue piste de danse, on entendait Tchiki Boum alors que les membres du groupe étaient dans la cuisine.

Mercredi 10 mars, nous regardions à la télévision la 100e émission Le Cercle de minuit. C’était avant C-News, et ça fait un peu vieux con d’écrire cela.

Et sinon le 30 mars, Charles Pasqua retrouve le ministère de l’intérieur et Toubon arrive à la Culture. C’était avant qu’il soit de gauche.

Samedi 10 avril, je constate : « Déjà 4 bavures policières sous Pasqua ». J’étais particulièrement attentif aux débordements de la police de Pasqua parce que marqué par la mort de Malik Oussekine sous les coups des brigades de voltigeurs dans les manifs « Devaquet » 7 ans plus tôt.

Samedi 10 avril et dimanche 18 avril : je pense qu’il s’agit des premiers petits croquis d’observation dessinés dans les pages de la semaine de mon agenda (et pas dans les premières pages non utilisées). Ici sur le mont Errigal (dans le Donegal en Ulster) et devant les falaises de Moher. Cette pratique régulière du dessin d’observation, à la date correspondante de l’agenda, va s’imposer peu à peu.

La ruine esquissée vendredi 16 avril est celle dessinée plus en détail dans une double page « libre » au début de cet agenda, montrée Dimanche #13.

Mercredi 21 avril, j’ai noté « achat C.D pour Seb ». Je me souviens qu’il s’agissait d’un disque du groupe irlandais The Franck and Walters. Ce fut un peu la B.O du séjour, avec peut-être la chanson « There Is a Light That Never Goes out » (The Smiths) qui se colore dans mon souvenir d’une odeur de voiture et de chips au vinaigre.

Samedi 1er mai : « Suicide de Beregovoy ».


Samedi 15 mai, prise d’otage dans une école maternelle à Neuilly. J’ai noté la mort du preneur d’otage H.B (Human Bomb), mais rien de Nicolas Sarkosy, alors quasi inconnu, qui avait pourtant largement profité de ce moment de gloire médiatique, sortant de l’école en héros avec des enfants dans les bras.

Mercredi 26 mai, je termine « Le bruit et la fureur » dans le train (grosse claque) et le soir l’O.M gagne pour la première fois la Coupe d’Europe. Haute et basse culture.

Mardi 1er et mercredi 16 juin, concerts des Nonnes Troppo (reformation) et du Velvet Underground (reformation également). Quand Lou Reed abandonnait ses solos égotiques de Guitar hero, la magie revenait, comme pendant Heroin où la complicité avec John Cale donnait presque l’impression d’être sincère. Je me souviens aussi de l’évidente affection qu’ils avaient tous pour la batteuse Moe Tucker, manifestement émue de retrouver la scène.

Samedi 27 juin. Le service d’immigration de Syrie nous demande des photos d’identité. Nous trouvons un photographe chez qui nous faire tirer le portrait ; voici la tête que j’avais à cette époque, avec encore quelques cheveux.

Suite du voyage en Syrie puis en Jordanie. Troublant de se souvenir de tous ces lieux qui feront les titres de la presse pendant la révolution syrienne écrasée par Bachar-el-Assad : Damas, Hama, Lattaquié, le Crack des Chevaliers, Alep… L’ambiance était déjà parfois un peu lourde en 1993. Il n’était pas rare d’apercevoir un revolver sous la veste d’un buveur de café ou d’un compagnon de bus. La police était partout et ça se voyait. Je me souviens du silence gêné quand nous posions quelques questions sur les raisons des ruines qui entouraient encore le Palais Azem à Hama… 10 ans plus tôt, Hafez-el-Assad (représenté sur des affiches et pochoirs à chaque coin des rues de Damas) avait envoyé ses troupes mater une rébellion des Frères musulmans. Les avions avaient alors détruit 1/3 du centre-ville historique, et les troupes massacré et violé entre 10 000 et 40 000 habitant.e.s. Tel père tel fils.

Les rencontres étaient pourtant nombreuses. Tammam de Hama et son divorce en cours, son invitation à manger chez lui et sa drôle de réaction devant les gâteaux que nous lui avions apportés (pas ouverts, pas de remerciement). Abdulha, professeur de français d’Alep, qui nous fit découvrir la si émouvante ruine de l’église Qalb Lozeh (« cœur de l’amande »). Nemer, comédien de théâtre de Damas à la parole libre, qui viendra en France et se montrera un assez incroyable gardien de but.

C’est étonnant comme j’ai des souvenirs marquants qui n’apparaissent pas du tout dans ces dernières pages du voyage en Jordanie. Mercredi 28 juillet par exemple, nous avions fait du stop pour gagner les plages du sud, en direction de la frontière saoudienne. Un gros pick-up s’était arrêté. Son conducteur avait invité de manière insistante une d’entre nous à s’assoir sur le siège de devant à côté de lui. Il avait rapidement enlevé une bouteille de vodka ouverte et essuyé de sa main le siège en skaï mouillé puis démarré en tournant complètement son corps pour nous parler à l’arrière... Il puait l’alcool. Nous avons immédiatement demandé à sortir de la voiture. C’était un Saoudien qui avait traversé la frontière pour venir s’encanailler en Jordanie. Sur la plage, un vieux monsieur sympathique était venu nous parler, il aimait la littérature, la poésie. De retour à Paris, Delphine a reçu de lui des courriers érotiques un peu dégeulasses.

Lundi 16 août. J’ai un bon souvenir l’expo de Malcolm Morley à Pompidou. Ses dernières grandes peintures, plutôt moches, avaient de séduisants grincements qui sortaient un peu de l’efficacité technique de ses débuts hyperréalistes. En regardant sur Google, je vois qu’il est mort en 2018, j’avais oublié.

Retour à une certaine banalité quotidienne… Mardi 31 août, je note la première vraie mauvaise nouvelle de ces agendas : le suicide d’un copain. Il y en aura d’autres.

Vendredi 24 septembre (il y a 29 ans donc), je passais la soirée au bar Lou Pascalou, où je vais encore régulièrement aujourd’hui, à deux pas de chez moi.

Samedi 9 octobre, visite de la 2e Biennale de Lyon « Et tous ils changent le monde », où je me souviens avoir découvert le travail de David Hammons (le matelas qui ronfle). C’est bizarre que je n’ai rien dessiné de cette biennale alors que je me souviens de tellement d’œuvres. Il aurait été parfait le matelas d’Hammons au-dessus de la case du dimanche !

Vendredi 15 octobre, les fêtes de Laplace prennent de l’ampleur. Je note « + de 100 personnes (150 ?) ». Nous avions essayé de compter le lendemain et étions restés à un peu plus de cent personnes identifiées. Mais beaucoup ne l’étaient pas et j’ai longtemps croisé des inconnu.e.s me disant qu’ils ou elles étaient venu.e.s à une de nos fêtes. Je ne sais pas si je suis plus nostalgique de la folie de ces soirées devenues mythiques (parmi mes ami.e.s hein, ne nous emballons pas), ou par le fait que je pouvais enchaîner une grosse fiesta le vendredi, ménage, déménagement et gros repas le samedi, et un foot le dimanche suivi d’une séance au cinéma pour voir Charulata de Satyajit Ray, sans m’endormir… Aujourd’hui ça me fatigue rien que de l’écrire.

Lundi 18 octobre : un truc qui  n’arrive plus : le téléphone (fixe) qui sonne sans cesse !

Vendredi 22 octobre, je fais les tirages N/B des photos prises pendant la fête évoquée plus haut.

Dimanche 31 octobre : Fellini est mort.

Samedi 13 novembre, je note « Réservation gîtes ruraux » et je dessine un MINITEL 

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu de film de Peter Greenaway mais Drawning By Numbers, vu le lundi 15 novembre, fut un choc.

L’encre du feutre utilisée dans ces dernières pages de l’agenda a vieilli en prenant une teinte sanguine assez élégante. J’ai longtemps cherché quelle était la marque qui avait cette propriété mais je n’ai jamais retrouvé.

Drame footballistique mercredi 17 novembre : Kostadinov marque un but à la dernière minute et empêche l’équipe de France de se qualifier au Mondial 1994. Le lendemain l’Équipe a titré : « Inqualifiable ! ».

Jeudi 25 novembre, dans la même journée, je rencontre pour la première fois mon futur directeur de thèse puis m’inscris en doctorat dans la foulée avec l’assurance d’avoir une bourse (confirmée le lundi 29). Youpi.

Vendredi 27 novembre, Art&Language au Jeu de Paume ; vendredi 3 décembre, Günter Brus au Centre Pompidou : des expositions inconfortables qui ne brossaient pas dans le sens du poil le jeune étudiant et apprenti artiste que j’étais.

Samedi 4 décembre, je dessine Pablo Escobar mort mais j’ai vérifié, il est mort 2 jours plus tôt, le 2 décembre.

Mercredi 8 décembre : conférence de Jean-Pierre Raynaud à la Sorbonne ; il venait de détruire sa maison, qu’il avait entièrement carrelée de céramique blanche depuis 1969. Plusieurs questions des étudiant.e.s essayaient de comprendre quelle pouvait être sa vie quotidienne dans un tel espace domestique. Je lui avais demandé s’il écoutait de la musique et il avait répondu avoir une platine sur laquelle il posait un disque et un seul, écouté pendant plusieurs mois avant de passer à un autre. Si ma mémoire ne me trahit pas trop, il avait cité Beethoven et Steve Reich. Grosse bamboche quoi.

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Jeudi 4 février : opération 18 heures/18 francs dans les cinémas. En voilà de la préhistoire !!

Mercredi 10 février, j’avais été très impressionné par la conférence de Reiner Rochlitz sur Walter Benjamin à la Sorbonne, philosophe qui disparaîtra de manière précoce moins de 10 ans plus tard.

Lundi 22 février, je termine ma compilation Divers 14 sur cassette audio TDK 90 minutes.

Mercredi 24 février, je rédige des courriers en anglais car j’essaye d’aller passer une année d’étude à Londres. C’était avant Erasmus. Je ne me souvenais pas avoir fait autant de démarches… qui ont toutes échoué.

Vendredi 26 février, je vais voir le match Lyon/St Etienne à Gerland. Je ne sais pas si c’est encore le cas mais à cette époque, on pouvait entrer gratuitement dans le stade pour la seconde mi-temps. Je n’ai jamais remis les pieds dans ce stade depuis.

Seulement 3 semaines montrées aujourd’hui car c’est la fin de l’agenda n°2. 

Dimanche 26 décembre je termine la lecture de Don Quichotte alors que je pensais l’avoir lu en vacances d’été, dans un environnement de soleil et de canicule. Bizarre la mémoire : les paysages de La Mancha sont entrés dans mes souvenirs…

Mardi 28 décembre, « apéro chez Joe Dantec », le propriétaire de notre gîte à Kleder en Bretagne. Nous sortons un peu pompettes (ça se voit aux petites volutes sur nos têtes, enfin 3 d’entre elles). Je ne sais plus si Joe Dantec est un surnom. Joe Dantec, ça sonne un peu John Doe breton non?

Vendredi 31 décembre, je tente le croquis coloré au pastel gras. Ce sera l’unique fois je crois.